dim. Oct 20th, 2019

TLM Sen Foot

Mais on le dit quand même

De la dictature du beau jeu.

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Parce que Stoke City est supérieur au Bayern (non, vas y, t’arrête pas là, continue à lire, je te promets qu’après il dit moins de conneries, note de l’éditeur). Parce que José Mourinho. Parce que Pablo Correa. Parce que Tony Pulis. Parce que le football ne devrait pas être seulement synonyme de beau jeu, de tactique offensive et de joueurs classes et techniques. Parce que Peter Crouch et Jan Koller sont les meilleurs joueurs de leur generation, juste devant Gokhan Inler et Sami Khedira. Parce qu’il y en a marre d’entendre « Ohlala, superbe, ils jouent comme le Barca » et aucun « Ohlala, superbe, ils jouent comme Nancy ». Le beau jeu ne passera pas. Du moins pas seulement lui.

source : sport.fr
source : sport.fr

Il suffit d’aller se balader dans un Five, aller voir un petit match entre potes, des gamins de 15-16 ans se défient. A coups de roulettes, crochets, virgules, l’équipe A s’impose facilement. « C’est le Barca d’Ile de France ces jeunes ». Sur un autre terrain, l’équipe C s’impose elle aussi, facilement même. Sauf que personne ne s’extasie devant leur jeu. Pourquoi ? Simplement parce qu’ils jouent défensif, et quand ils récupèrent le ballon, il leur suffit de balancer sur leur attaquant, souvent seul. Pour le même résultat que l’équipe A. Mais en moins esthétique. Depuis quand la beauté dans le football doit être saluée ? Le football n’est-il pas un jeu, un sport, dans lequel seul le résultat compte ? Qu’importe si vous gagnez 4-0 en roulettes et passes délicieuses, en dribbles chaloupés et autres gri-gri pour la plupart inutiles. Le résultat sera le même. Lors de la victoire de Chelsea en Ligue des Champions, peu étaient les personnes qui s’en réjouissaient. A part les fans des Blues, tout le monde voyaient la victoire du football triste contre la beauté et la joie du football bavarois. En quoi un travail défensif hors du commun, fait de rigueur tactique, de tacles précis et cruciaux ne devrait pas être salué ? « They parked the bus ». So what ? Pour avoir pratiqué le football pendant des années, je peux vous dire que défendre 90% du match est fatiguant, éreintant, mais si le résultat est là à la fin, c’est beaucoup plus jouissif que si tu dominais. Surtout quand on est dans l’impossibilité de produire un jeu offensif contre une équipe largement supérieure. Stop à la dictature du beau jeu.

Les media, les supporters, les analystes sont tous en extase devant le Barca en 2009, du Bayern 2013, du Dortmund 2013. Pourtant, la Juventus gagne avec un style tout autant attractif, mais beaucoup moins impressionnant. Et alors ? Il n’y a qu’à voir les vainqueurs du Ballon D’Or. Que des attaquants et des milieux. On oublie les défenseurs, leur travail exténuant et obscur. En Angleterre, il est habitude de massacrer le jeu de Stoke City, du Manchester City de Mancini, du Tottenham de Redknapp. Pourtant, City a été champion et Redknapp a décroché la LDC avec les Spurs (et Stoke, ben c’est Stoke, faut pas déconner non plus, note de l’éditeur, qui s’est permis d’ajouter un sourire sur ton visage). Sous prétexte que ces équipes ne jouaient pas un beau jeu, vous trouverez peu de louanges et d’éloges. Par contre, si le Barca de Guardiola gagnait un match contre Osasuna 7-0, c’était la fête aux baskets, tellement léchées que Nike et Adidas ont doublé leur chiffre d’affaire en 2009. Stop à la dictature du beau jeu.

Évidemment, je trouve que le beau jeu doit être présent dans le football. Loin de moi l’idée qu’il ne faudrait ne pratiquer qu’un jeu direct, moche et défensif. Les supporters quitteraient les stades et Stoke dominerait le monde. Le problème, c’est qu’il ne faut pas s’intéresser qu’à cela. Pratiquer un football offensif et harmonieux est aussi compliqué que pratiquer un football défensif et rugueux. Parce que John Terry. Parce que Carragher. Parce que Montero. Parce que Cris. Parce que Gattuso. Parce que Pepe. Parce que Claudio Gentile. Que l’on continue de louer le Bayern, le Barca et Arsenal, mais que l’on commence à admirer Chelsea, Bordeaux, Evian, Stoke et Crystal Palace. Bonne soirée.

Viva el football. Long live the defenders. Long live Tony Pulis.

2 thoughts on “De la dictature du beau jeu.

  1. Bonjour monsieur Emma Watson. Bonne idée de faire un article sur le sujet. Mais il manque des éléments pour appuyer tes propos. Sinon tu vas encore te faire lapider en place publique comme une vulgaire afghane.

    Tu soulignes à juste titre le rôle des médias dans cette dictature du beau jeu. Une des raisons de l’existence de cette dictature, c’est la disparition des débats tactiques et des débats sur les styles de jeu. Tu as pu toi-même le constater avec les réactions des gens à ton article sur le Barça et le mort du football. Tu as reçu une volée de bois vert alors que tu ne faisais qu’ouvrir un débat sur la tactique et le style de jeu du Barça.

    Pourtant, l’histoire du foot s’est construite en partie sur ces débats. Le journaliste Gabriel Hanot n’hésitait pas à parler du « petit jeu » du Stade de Reims par rapport au style de jeu, athlétique, des britanniques. Et dans les années 60-70, soit tu lisais France Football (jeu pragmatique, réalisme avant tout), soit tu lisais Miroir du foot (le beau jeu, la technique). Les querelles tactiques étaient nombreuses à l’époque et c’était la guerre entre les journalistes (Ferran contre Thébaud).

    Mais ces débats tactiques ont disparu à cause de l’uniformisation du football. Aujourd’hui, tout le monde voit jouer tout le monde et encore plus depuis l’avènement d’internet. On assiste donc progressivement à la disparition des styles nationaux et des différences tactiques.
    L’arrêt Bosman a aussi contribué à cette uniformisation puisque maintenant, les joueurs se baladent aux quatre coins de l’Europe. Un exemple : le 25 février 2009, le Real Madrid affrontait Liverpool en C1. Trois espagnols côté Real au coup d’envoi. Cinq pour Liverpool et six avec l’entraîneur). Du coup, difficile d’avoir une opposition de style entre les petits espagnols techniques et le kick and rush britannique.

    C’est quelque chose de regrettable car ce sont les oppositions tactiques et de styles qui ont fait la gloire des compétitions européennes. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les renversements de situation sont moins courants à notre époque. Il est difficile aujourd’hui d’avoir des équivalents de Hajduk Split – Saint-Etienne (victoire 4-1 des Yougos à l’aller et victoire des Verts 5-1 au retour). Idem avec le parcours du Real Madrid en C3 en 1985-86 : défaite 5-1 à Gladbach, victoire 4-0 au retour et quelques tours plus tard, défaite 3-1 à San Siro, victoire 5-1 à Madrid.

    Dans ton article, tu parles de Stoke. Si les équipes jouant comme Stoke sont moins nombreuses, c’est aussi à cause de l’évolution du football et de ses règles. Dans les années 90, on assiste à la fin des passes volontaires au pied aux gardiens et on introduit le carton rouge direct pour un tacle par derrière. Dès lors, le jeu est devenu plus rapide, nécessitant une meilleure maîtrise technique, mais aussi moins violent. Surtout que maintenant, on a le système des suspensions en cas d’accumulation des cartons. La conséquence, c’est que les bouchers sont en voie de disparition et de moins en moins de footballeurs ont les pieds carrés.

    Le kick and rush est donc moins utilisé même s’il reste encore des partisans ce style comme à Stoke (et dans les divisions inférieures). Au passage, il est intéressant de noter que le jeu de Stoke est souvent qualifié de « primitif » alors qu’il faudrait dire « traditionnel ».

    Sinon, une petite erreur : des défenseurs ont eu le ballon d’or : Beckenbauer, Sammer et Cannavaro. Mais il est intéressant de voir que Beckenbauer est entré dans l’histoire du foot en réinventant le poste de libéro. Le Kaiser ne s’est pas contenté de rester entre les défenseurs et le gardien : il participait au jeu offensif de son équipe. Idem avec Sammer, il reçoit son ballon d’or pour son rôle d’organisateur du jeu du BVB. Quant au Ballon d’or de Cannavaro, inutile de rappeler comment il s’est fait massacrer lors de son obtention. C’est là un bel exemple de la dictature du beau jeu.
    D’ailleurs, aujourd’hui, quand on pense à un défenseur, on pense à Maldini. Un journaliste de France Football l’avait qualifié « d’aristocrate de la défense » par opposition aux basses besognes de Costacurta et Baresi. Pourtant, le style de jeu de ces deux joueurs mériterait des analyses approfondies tant ils étaient indispensables au Milan AC. La façon dont Billy Costacurta bloquait les attaquants adverses sur les corners était juste sublime (tirage de maillot d’une main plus coude sur l’épaule adverse pour empêcher le mec de bouger).

    Tiens, ça pourrait faire l’objet de ton prochain article : éloge du vice et de la malice dans le football.

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