jeu. Sep 19th, 2019

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Mais on le dit quand même

TLMSF interviewe Christopher Oualembo : « Le Portugal c’est une famille géante »

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Christopher Oualembo, natif de la région parisienne et formé au PSG, a récemment quitté le championnat portugais et l’Académica Coimbra après deux années de contrat.

TLMSF l’a interviewé pour parler de son parcours, du championnat portugais et de la sélection congolaise.


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Quels ont été vos premiers contacts avec le football ?

A l’école, dans la rue, comme tout le monde. Ensuite je suis parti dans un club amateur, le CS Achères où je suis resté deux ans et ensuite je suis entré au centre de formation du PSG et ça a décollé.

Comment s’est passée votre formation dans le club de la capitale ?

Très bien, j’ai eu d’excellents éducateurs et de très bons partenaires. On a quasiment tout gagné, on a beaucoup progressé ensemble et ça a porté ses fruits parce qu’un bon nombre d’entre nous ont réussi.

Vous étiez plus orienté vers les études que vers le foot étant jeune…

A la base oui, j’étais orienté vers les études, mais Dieu a fait que j’ai pu réussir dans le football, j’en ai profité pour vivre de ce que j’aime donc je ne me plains pas trop même si c’est pas toujours facile.

On peut considérer ça comme une chance, non ?

Je pense oui, beaucoup de monde aimerait être à notre place mais ces mêmes personnes ne connaissent pas la réalité du football. Pour eux ça reste un rêve, ça reste 90 minutes le week-end mais ce n’est pas toujours ça le football. Il y a énormément de choses que le grand public ignore.

En tant que parisien, le PSG vous fait toujours rêver ?

Le PSG me fera toujours rêver, jusqu’à ce que j’arrête de suivre le foot. Le PSG est un club incroyable, qui n’a pas d’égal en France, qui est extrêmement attractif et qui fait rêver énormément de joueurs français.

Après avoir quitté le centre de formation du PSG, vous signez à Quevilly (en 2006) avant de quitter le club 6 mois plus tard. Quel bilan faites-vous de ce passage ?

Ça a été un passage important, j’ai découvert un autre football, une autre mentalité. C’est ma première expérience avec des seniors et j’ai appris que dans le football il y avait d’autres valeurs que celles que j’ai pu connaître au PSG. Ça a été très enrichissant de s’entrainer le soir avec des gens qui travaillent et qui sont beaucoup plus âgés que toi, certains ont le double de ton âge. Ça m’a fait grandir je pense.

Puis vous évoluez dans 5 pays différents durant 9 saisons (Espagne, en Italie, en Bulgarie, en Pologne avant de rejoindre le championnat portugais.) Comment on s’adapte à ces nombreux changements en peu de temps ?

Ça a été plutôt rapide, la première année où je suis parti à l’étranger, j’ai eu la chance d’être avec beaucoup de français, c’était à Levante. A l’époque il y avait Laurent Robert, Fréderic Déhu, Olivier Kapo, Mathieu Berson, Laurent Courtois. L’intégration s’est plutôt bien passée, je parlais un peu espagnol avec des notions scolaires. Au final, j’ai connu une bonne expérience même si je n’ai pas beaucoup joué. J’étais jeune et j’ai connu le monde professionnel assez tôt ce qui m’a permis de grandir.

Concernant les autres pays, c’était plus délicat dans l’insertion surtout par rapport à l’Italie, la Pologne et la Bulgarie mais avec mes performances et ma façon d’être j’ai su être accepté des vestiaires et du public, donc tout coulait de source. Je n’ai eu aucun souci dans les pays où je suis parti.

Cela fait de vous un globe-trotter, est-ce un avantage pour un footballeur ?

Contrairement à ce qu’on peut penser ou entendre, je pense que ça ne peut être qu’un avantage. Un joueur qui a connu plusieurs championnats a forcément une plus grande panoplie qu’un joueur qui n’en a connu qu’un. Il aura aussi une faculté plus prompte à s’adapter qu’un joueur qui évolue toujours dans le même club. C’est enrichissant pour un joueur, pour un club, pour tous ceux qui sont dans le football d’avoir des personnes qui ont une expérience plus développée. Mais ça reste mon avis.

Comment jugez-vous vos deux ans passés à l’Académica Coimbra ?

La première année a été très bonne sur le plan sportif, malgré le fait que je n’ai joué que 18 matchs, ce qui est aussi dû à la CAN. J’étais blessé du début de saison jusque fin Novembre et à partir du moment où j’ai commencé à jouer je ne suis plus sorti du onze. J’ai fait de très bons matchs ce qui m’a permis d’être promu comme l’un des capitaines de l’équipe, ce qui n’est pas négligeable sachant que ça faisait seulement un an que j’étais au Portugal, qui est un pays conservateur. Donc je pense que c’était un signal fort du coach.

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Oualembo au duel avec Ricardo Pereira / Crédit photo : leopardsfoot.com

Ensuite lors de la deuxième saison, la partie externe au terrain a eu raison de moi dans le sens où j’étais en concurrence avec un joueur qui avait le même agent que le coach* et à partir de ce moment-là c’est devenu assez compliqué. Je suis parti en sélection en novembre et depuis mon retour de sélection je pense avoir joué seulement 4 ou 5 matchs. Sportivement ça n’a donc pas été très glorieux, j’ai joué 13 matchs en championnat et 2 en coupes mais concernant le reste ça reste assez bien. J’ai quand même fait de bonnes prestations, j’ai été élu meilleur joueur par la Mancha Negra, le kop de supporters de Coimbra. Je peux en tirer que des bonnes choses de ce passage à Coimbra. J’étais présent en termes de qualités même si je n’ai pas eu énormément de temps de jeu.

Votre départ est donc lié aux problèmes avec l’agent du joueur et du coach ?

Mon départ est aussi lié au fait que beaucoup de choses avaient changé au niveau des mentalités et sur le terrain et je voulais être dans une forme de progression plutôt que dans une forme de stagnation et encore moins de régression. Je ne dis pas que Coimbra ne pouvait pas m’apporter, bien sûr qu’ils pouvaient encore beaucoup m’apporter comme moi je pouvais encore apporter à Coimbra mais le souci c’est qu’il fallait faire un choix et le choix a été de choisir une nouvelle destination pour rester compétitif et disponible pour l’équipe nationale.

C’est donc lié à la descente avec l’Académica ?

C’est plutôt lié à la descente oui, ça allait être compliqué de rester compétitif pour la sélection si je restais en deuxième division portugaise.

Quel portrait pouvez-vous dresser du championnat portugais ?

C’est un championnat technique, rapide. J’ai bien aimé. C’est intéressant de jouer au Portugal, le football est un petit mélange de ce que j’avais connu en France, en Italie et en Espagne. Ils ne sont pas très pointilleux sur l’aspect tactique mais ils mettent plus l’accent sur l’aspect qualitatif. C’est une conception un petit peu différente du football que j’ai appris.

Vous avez plus retrouvé l’aspect tactique dans les championnats polonais et italiens ?

Oui surtout en Pologne. En Italie aussi, mais en Pologne j’étais impressionné parce qu’ils sont très rigoureux dans le jeu. Je trouve qu’ils s’inspirent du modèle allemand. Quand on connaît le système allemand on se dit que c’est très tactique et on retrouve ça en Pologne. Le football est très tactique, très schématisé mais c’est sympa. On apprend et pour l’adaptation et l’émancipation personnelle c’est très intéressant.

Et vous préférez un championnat plutôt centré sur l’aspect tactique ou qualitatif ?

Ça dépend… J’ai bien aimé le championnat espagnol, c’est là où je me suis le plus éclaté. Après, je n’ai pas connu le football anglais. Si j’évolue un jour dans le championnat anglais je pense que c’est celui où je me sentirais le mieux.

Vous rêvez de la Premier League ?

Forcément, tout footballeur rêve d’évoluer en Angleterre. En tout cas, tout footballeur qui en a les caractéristiques. Je pense qu’aujourd’hui j’en ai les caractéristiques donc pourquoi pas.

La vie est agréable dans le pays des champions d’Europe, n’est-ce pas ?

C’est le pays où je me suis adapté le plus rapidement. Le Portugal c’est une famille géante, un pays conservateur. Si tu arrives là-bas et que tu entres dans leur moule, tu te fonds dans la masse, ils vont t’accueillir comme l’un des leurs. Mais si tu veux t’imposer sans faire l’effort d’aller vers eux, c’est mort d’avance.

La qualité de vie est incroyable. On va dire que les portugais ont une petite tendance feignante. Tu peux être à la maison à 11h15, limite ta femme ne sait pas que tu es parti, elle ne sait même pas que tu travailles (rires). Mais c’est sympa, la qualité de vie avec la famille est top.

Plutôt Estadio do Dragao, Luz ou Alvalade ?

Je dirais Luz. Le stade de Braga est très beau aussi. J’y ai joué deux fois et je l’ai trouvé magnifique. C’est un cadre de vie exceptionnel. Mais en termes d’ambiance et de qualités générales je dirais la Luz. Le Dragao est pas mal aussi mais celui du Sporting je l’ai trouvé un ton en-dessous.

Vous êtes né en France mais pourquoi avez-vous choisi la sélection de la RD Congo ?

C’est important pour moi de faire honneur à mes parents, mes grands-parents. Pour moi c’était la suite logique de ma carrière sportive et je ne pouvais pas passer outre de jouer pour la sélection du Congo.

Vous allez disputer la CAN 2017 avec la RDC, quels sont vos objectifs sachant que vous restez sur une troisième place lors de l’édition 2015 ?

L’objectif c’est de faire au moins aussi bien qu’en 2015, donc d’arriver en demi-finale, d’essayer de passer en finale et de gagner. Quand on regarde bien, le vainqueur de la CAN ne joue que 6 matchs, 6 matchs ce n’est pas grand-chose. Si on fait les efforts, avec le groupe qu’on a, qui est semblable au groupe de 2015, et si tout se passe bien, je pense qu’on a des chances de remporter cette CAN, sans prétention. Maintenant il ne suffit pas que de parler, il faut mettre en application ce qu’on dit.

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Oualembo, Mulumbu et Kebano, le trio formé au PSG, pendant la CAN 2015 / Crédit photo : leopardsfoot.com

Vous êtes en sélection depuis 2008, avez-vous noté des évolutions au cours de ces huit années ?

Forcément. Le football se développe, en Europe donc en Afrique aussi, peut-être même plus. Il y a de plus en plus de binationaux qui choisissent de jouer pour leur sélection africaine donc forcément il y a une évolution en terme de qualités intrinsèque des joueurs sélectionnés et en termes d’organisations. La fédération a fait un très bel effort et leurs efforts sont proportionnels aux ambitions que tout le monde a pour cette équipe nationale. Le meilleur reste à venir je pense même si on a déjà fait quelque chose de grand avec la CAN 2015, les qualifications avec 15 points sur 18 possibles.

Pensez-vous que l’Europe est une étape obligatoire pour la progression d’un joueur africain ?

Je ne pense pas. On n’a pas grand-chose à envier à l’Europe, on a vu par exemple en 2010 le TP Mazembe battre l’Internacional 2-0 au Mondial des clubs et arriver en finale contre l’Inter. Il y a des clubs au Congo qui n’ont pas grand-chose à envier aux clubs européens, certains joueurs au Congo touchent plus que des joueurs évoluant dans des premières divisions européennes. Le seul problème est la différence, les européens ne connaissent pas forcément ce qu’il se passe au Congo comme les congolais ne connaissent pas forcément ce qu’il se passe en Europe, et cette différence-là fait que certains pensent que chez eux c’est mieux qu’ailleurs. Mais quand tu ne connais pas, tu ne peux pas parler et t’exprimer sur ce sujet. Malheureusement beaucoup le font parce qu’ils se basent sur des « on dit », des « j’ai vu » ou des « peut-être » mais pas sur ce qu’ils savent.

Mais je peux vous assurer qu’en équipe nationale on ne voit aucune différence avec les joueurs qui évoluent dans le championnat congolais. Tactiquement on a des éducateurs très intelligents et très compétents au Congo dont on n’entendra jamais parler.

Quel est votre meilleur souvenir de footballeur ?

La Coupe d’Afrique 2015.

Et le pire ?

La descendante en deuxième division avec l’Académica Coimbra.

Le plus grand joueur avec qui vous avez joué ?

Laurent Robert.

Plutôt Colony Capital ou QSI ?

PSG. (rires)

Laurent Blanc ou Unai Emery ?

Je pense qu’il faut laisser du temps à Emery, je ne peux pas vraiment répondre à cette question, il faudrait lui laisser 3 ans, comme à Laurent Blanc pour pouvoir comparer. Mais à chaud je dirais Blanc.

Et plutôt Blanc ou Bielsa ?

Blanc. Euh non, Bielsa !

Que pourrait-on vous souhaiter sur le plan personnel ?

Souhaitons-nous la paix universelle ça serait déjà assez bien (rires).

Vous avez des discussions pour un prochain contrat ?

Bien sûr, je suis en discussions. J’ai une très belle piste qui s’est volatilisée, on va dire, donc ça ne s’est pas fait mais je garde espoir et je sais que ça viendra très rapidement. 

 


(* N.D.R: Nelson Almeida est l’agent de Filipe Gouveia, entraîneur de l’Académica pendant la saison 2015-2016, et d’Aderlan Silva, latéral droit en concurrence avec Oualembo).


Un grand merci à Christopher Oualembo pour le temps accordé et sa sympathie !

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