ven. Août 23rd, 2019

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Mais on le dit quand même

La Ligue 1, le rapport de la DNCG et le trompe-l’œil

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Il arrive parfois (pour ne pas dire souvent) que le timing d’une annonce joue un rôle dans la réception de ladite annonce. Pas plus tard qu’il y a quelques jours, la DNCG et plus largement la Ligue 1 ont fait cette expérience. Alors que le gendarme financier sortait un rapport optimiste à propos de la situation financière du football professionnel français – « Au terme de la saison 2017/2018, écrit son président dans l’édito inaugural du rapport, le football professionnel français affiche une performance économique exceptionnelle, avec un chiffre d’affaires de 2,836 milliards d’euros, soit en hausse de 31 % par rapport à la saison précédente, et un résultat opérationnel de + 161 M€ contre une perte de 32 M€ lors de la saison précédente » – la France voyait ses derniers représentants sortir de la scène européenne dès les huitièmes de finale (de la Ligue des Champions pour Lyon, de l’Europa League pour le Stade Rennais).

Par-delà la concomitance de ces deux évènements soulignant d’une certaine manière, nous y reviendrons, l’évolution que pourrait prendre le football professionnel français à l’avenir, il y a bien des raisons de se méfier d’un tel optimisme. Malgré ces résultats économiques qui semblent positifs et porteurs d’espoirs, il y a, pour peu que l’on prenne la peine de rentrer dans le rapport de la DNCG, quelques bonnes raisons de demeurer vigilant. S’il est vrai que le résultat opérationnel (qui représente le résultat de l’année avant l’intégration des résultats financier et exceptionnel) s’est fortement amélioré d’une année sur l’autre, ce n’est qu’au prix d’une extraversion extrême de l’économie de la Ligue 1. Plus profondément, la stratégie qui semble être celle de bien des clubs – notamment des plus puissants financièrement – consiste à faire des paris qui, comme leur nom l’indique, pourraient très bien s’avérer perdants.

 

Les risques de l’extraversion

 

Comme je l’expliquais plus haut, si le résultat opérationnel global de la Ligue 1 s’est amélioré c’est principalement lié au fait que les plus-values enregistrées par les clubs sur la vente de joueurs ont grandement augmenté. Il ne s’agit évidemment pas de dire que là réside un élément nocif en soi mais bien plus de s’interroger sur la dépendance accrue de la Ligue 1 à l’apport d’argent extérieur sous la forme de revenus de transferts. Pour dire les choses plus prosaïquement, sans les ventes de joueurs, le résultat opérationnel serait catastrophique. Passant de 251M d’€ à 841M d’€ soit une augmentation de 235% sur un an, le résultat des mutations est passé d’un peu plus de 10% des produits des clubs de Ligue 1 à près du tiers. Evidemment, l’on peut arguer qu’il s’agit d’une stratégie de développement économique et que tant qu’il y aura de la demande rien ne posera réellement de problèmes.

 

Or c’est bien dans la fin de cette assertion que réside l’un des grands risques encourus par la Ligue 1. La DNCG elle-même le reconnait, le résultat des mutations sur la saison 2017-2018 était exceptionnel. Alors oui, l’on peut escompter une stabilisation dans la moyenne haute de ce résultat mais cela revient précisément à basculer dans une forme d’économie rentière totalement soumise aux aléas de la conjoncture. Que la Premier League, par exemple, se détourne de la Ligue 1 ou arrête de déverser ses livres sterling sur le Vieux-Continent (qui peut prédire ce qu’il adviendra en cas de hard Brexit ?) et la Ligue 1 se retrouverait fort dépourvue. C’est bien là tous les risques d’une croissance reposant en grande partie sur des facteurs extérieurs, demandez donc aux pays pétroliers ce qu’ils en pensent. L’on pourra opposer que les droits TV vont prochainement augmenter et pourraient parvenir à combler une partie du manque à gagner, néanmoins au vu de la stratégie de certains clubs, il se pourrait bien que ladite augmentation ne compense pas suffisamment le tassement du produit des mutations.

 

Le pari sur l’avenir

 

Par-delà cette augmentation faramineuse des produits de ventes de joueurs, ce qui marque tout particulièrement à la lecture du rapport est également l’augmentation importante des charges des clubs. Pour une bonne part, cette augmentation des charges est imputable aux stratégies d’investissements des clubs. Si les ventes de joueurs ont atteint un niveau record, nous avons également assisté à d’importants achats de la part de clubs aux caractéristiques différentes. Bien que ces augmentations soient principalement le fait de clubs ayant pour ambition de se qualifier pour une coupe d’Europe à court terme (on pense à l’OM ou au LOSC), cette croissance des charges est également imputable à des clubs jouant le maintien et opérant des ajustements en cours de saison – comme, par exemple et même s’il n’en est pas question dans ce rapport, l’AS Monaco cette saison.

En agissant de la sorte, certains clubs notamment ceux figurant parmi les locomotives du championnat assument totalement de faire un pari sur l’avenir. Le cas de l’OM est certainement le plus intéressant en cela qu’il illustre à merveille les stratégies et les risques inhérents : recruter des joueurs, assumer son déficit en espérant se qualifier rapidement en Ligue des Champions, ce sans quoi toute la stratégie est mise à mal. Toutefois, par-delà cette stratégie de court-terme il y a également des tendances inquiétantes qui sont bien plus ancrées en Ligue 1. Le recours à l’endettement par certains clubs peut en être un. Sœur jumelle ou presque de la stratégie marseillaise, celle consistant à s’endetter pour profiter d’un effet de levier – pour résumer très grossièrement il s’agit de s’endetter pour ensuite pouvoir faire des plus-values importantes sur les joueurs achetés, ce qui s’apparente à une des composantes du trading de joueurs – figure en bonne place. C’est principalement pour cette raison que le résultat net de la Ligue 1 s’est, lui, fortement dégradé sous le poids de frais financiers qui se sont alourdis d’une année sur l’autre (progressant de 175% en passant de 44 à 121M d’€). Au-delà de toutes ces considérations financières, ce qui compte avant tout demeure le terrain. Et sur ce domaine, la saison européenne des clubs français est une véritable catastrophe. De quoi y voir, dans une expression que j’invente après une réflexion très pertinente de Mourad Aerts sur Twitter, une schalkisation du football français, à savoir un football faisant des profits, vivotant en Europe jusqu’aux 8èmes voire ¼ de finale mais sans aucune excitation ou espoir de titres ? Ce football que l’on déteste en somme.

 

Crédits photo: DNCG

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