mar. Oct 22nd, 2019

TLM Sen Foot

Mais on le dit quand même

SCB : Chronique d’une maladie dégénérative

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Accusé de bien des maux dans le football français, le Sporting club de Bastia est aujourd’hui au plus mal. Si beaucoup s’en réjouissent, n’oublions pas que l’image donnée par la communication d’un club ou d’une partie de ses supporters ne représente pas celle de la majorité silencieuse. TLMSF laisse la main à un bastiais, un vrai, pour exprimer son chagrin.

 

Toi mon Sporting, à ton chevet, je te tiens la main, je t’embrasse le front et te serre contre moi, quand je te vois dans cet état mes sentiments sont chamboulés, un mélange de dégoût, de gâchis, de haine, de profonde colère, de tristesse aussi et d’amour, d’amour inconditionnel que parfois je souhaiterais voir disparaître tant cette souffrance m’est insupportable…

Alors oui on parle d’un club, de mon club, qui ne m’appartient pas pour autant car il est à tous. Pour un non initié, lire cette introduction peut paraître hyperbolique, alors qu’elle ne reflète qu’une triste réalité. Le Sporting Club de Bastia est malade, atteint d’une maladie qui le ronge depuis quelques années mais dont les prémices de nécroses ne sont visibles que depuis peu. Non, ce n’est pas foudroyant, c’est petit à petit que le cancer s’est solidement installé dans les entrailles de mon cœur, et moi comme un con, je ne voulais pas voir la réalité en face. Je me disais que ce n’était qu’une douleur passagère, que cela passerait avec le temps… Après nos voyages à Monaco et à Paris en 2015, je ne pensais même plus à ce qui te rongeait, c’était peut-être le regain avant la descente fatale !

Mais pourquoi ? Et comment a-t-on pu en arriver là ? J’essaie de comprendre et de remonter le fil.

Phase 0 : In situ

Le 6 Juillet 2010, La DNCG envoie un Sporting mal en point en CFA… Un déficit de 1.2M€ était présenté à ce moment. Les Collectivités Territoriales se mettent en branle pour sauver un monument de l’île car il faut l’expliquer pour un non insulaire : le Sporting n’est pas qu’un club en Corse, c’est le fer de lance de l’île, il attire et fait rayonner. Le SCB par sa gloire passée et sa proximité avec le public est quasiment une religion…

Le 23 juillet, il est autorisé à évoluer en National… Une nouvelle équipe dirigeante, composée de 9 chefs d’Entreprise de l’île, est formée pour relancer le club et ramener son aura d’antan. Le tout part plutôt bien, bon choix dans le casting niveau sportif. Les résultats ne se font pas attendre : deux montées en deux saisons, 2 fois champion de sa division. Tout semble lancé pour mettre en place un projet afin de pérenniser le club dans le monde professionnel et dans l’élite : « A Corsica Vince ».

Après une première saison très honorable en ligue 1 (2012-13) et une 12eme place acquise en tant que promu, un projet, novateur et très emballant est présenté en début de saisons 2013-14. Le 12 septembre 2013, Frederic Hantz est acclamé au théâtre de Bastia, lieu où se déroule la présentation officielle du projet A Corsica Vince et dont je me permets une petite synthèse :

« Le projet A Corsica Vince vise à installer durablement dans l’élite le SCB, par des investissements techniques et administratifs pour rendre compétitif un club familial et de le faire transiter vers la modernité. C’est également un projet qui a pour but d’ancrer encore plus fortement le Sporting dans son territoire afin de faire rayonner et dynamiser la région, tout cela dans la transparence… » La salle est conquise, le coup de com’ régionale est magistral, les supporters ravis et fiers! Et c’est le début des emmerdes…

Avec ce projet, les dirigeants s’inscrivent d’abord dans une communication qu’ils ne maîtrisent déjà plus vraiment, le club conforte aussi sa position « anti-LFP » qui n’est pas pour me déplaire mais qui au fur et à mesure du temps était devenu l’argument pour masquer des manquements de la direction, mais j’y reviendrais.

Stade I : Petite tumeur

Bref, la saison 2013-14 s’annonce fabuleuse, un coach et un staff appréciés de tous, une proximité entre les dirigeants et les supporters. Mais déjà quelques dissensions se font entendre en fin de saison, malgré une 10eme place acquise à la fin du championnat (notamment grâce à une victoire sur tapis vert contre Nantes qui avait aligné un joueur non inscrit). En cause, des choix contraires à la grande majorité du « peuple bleu ». Hantz quitte le club, Makélélé le remplace, des joueurs commencent à être choisi à la hâte et des erreurs de casting, jusque-là présentes de manière sporadique (comme Krasic), commencent à être trop fréquentes. Apodi qui fait 3 semaines avant de repartir, Pino, Tallo, Ongenda, Mokulu… La patience n’étant pas la principale qualité du supporter bastiais, surtout quand il a l’impression de se faire flouer, le ton monte peu à peu…

Depuis les débuts en national, des réunions « dirigeants-supporters » sont régulièrement organisées. Au fil du temps, la cadence diminue avant même qu’elles ne disparaissent totalement – « La transparence s’arrête là » – . Mais les dirigeants ont un atout en main pour repousser les premiers affronts : la LFP ! En 2014-15, Brandao explose le nez de Motta avant de s’enfuir, il est suspendu six mois. Le badbuzz généré fabrique en contre réaction une solidarité renouvelé autour du club! Un autre fait marquant va permettre de réunir tout le peuple bleu, puisque c’est bien connu, si l’on touche à ta famille, tu oublies les petites querelles : les incidents à Nice le 18 Octobre 2014. Interdiction de déplacement pour les bleus, interdiction de voir un drapeau corse dans tout le département des Alpes Maritimes suite à un arrêté préfectoral. Bastia gagne pour la première fois à Nice. Leca, le gardien alors remplaçant fête la victoire avec le drapeau Corse interdit ! Et des supporters niçois envahissent la pelouse pour se frotter aux joueurs bastiais. Cet évènement est perçu comme une attaque envers les corses et les arguments des dirigeants niçois, qui pointent du doigt la provocation bastiaise fait bondir sur l’île. De plus, les faibles sanctions sur le club niçois provoquent un sentiment d’injustice. Les dirigeants bastiais ont alors l’aval complet des supporters. C’est peut être ces évènements qui leur ont permis de garder la mainmise sur le Sporting à ce moment.

Mais l’aspect sportif est au plus mal, Makélélé est jeté en pâture (alors que c’était selon moi un mauvais choix de base pour un club spécifique comme Bastia). Conséquence directe, le responsable du centre de formation Ghislain Printant se retrouve catapulté en première ligne ! Bon choix, pour le coup, puisqu’il arrive à redresser la barre et à mener le Sporting vers une finale de Coupe. L’évènement restera comme celui qui aura fait le plus vibrer depuis la dernière montée ! Du coup, les montagnes russes continuent, un coup de mou avec des critiques venant des supporters, un éclair de génie en écran de fumée… On repart !

Stade II : Tumeur sur les ganglions

Encore une fois l’argument « anti-corse » utilisé et usé par les dirigeants commence à devenir trop gros. Et la saison 2015-16 fera encore grandir ces peurs… A l’été 2015 la DNCG envoie provisoirement le Sporting en L2 pour des garanties financières non apportées. Le spectre revient, des bruits de couloirs sur des premiers impayés, des anciens joueurs et entraineurs au Prud’hommes, des prestations sociales non versées… Mais ce ne sont que des bruits à cet instant, et le transfert de Boudebouz à Montpellier permet de rééquilibrer les comptes. Ce qui choque à ce moment est l’argument apporté par le Président Geronimi : « Notre parcours en Coupe de la Ligue nous a coûté plus cher qu’il ne nous en a rapporté de manière financière » …

En parallèle, la vente des joueurs cadres ou prometteurs commencent aussi à être remis en question. « On ne sait pas vendre », « Les joueurs sont bradés » … Et en plus, nous assistons à l’explosion du nombre de prêts et des prêts à option d’achat non confirmée (Gillet en est l’exemple parfait). Bref une impression de reconstruire complètement une équipe chaque saison… Fin juillet 2015, une réunion publique « dirigeants-supporters » est fortement critiquée après coup par les supporters. Ils mettent en avant des mensonges de la part des dirigeants quant à leur gestion, leur opacité volontaire alors que les discussions étaient censées être « transparentes » et enfin quelques phrases déplacées qui ont fait bondir les Turchini. Florilèges :

« L’abonnement est un acte militant, […] quand on y réfléchit, celui qui boit 3 cafés, s’il en boit plus que 2, la pastille hein, à la maison » il peut payer l’augmentation – Concernant une question sur l’augmentation des abonnements.

« Ce soir la transparence ça sera ça » en ne souhaitant pas répondre à la question : « Qui sont les 9 salariés de la SAS Uniti qui touchent entre 3 à 5000 € par mois? ».

Et durant cette réunion, Pierre Marie Geronimi ironisait sur la situation du club: « La réalité, c’est qu’il y a 5 ans ce club était en national et que maintenant il est en ligue 1, qu’il vient de jouer une finale de coupe de la ligue et que pour la 4eme année consécutive il sera encore en ligue 1. Lorsqu’on sera en DH, on expliquera à ce moment-là, le pourquoi du comment le club sera tombé en DH, mais pour le moment c’est de la pure science-fiction ».

On y apprend aussi que : la dette sociale cumulée (fournisseurs, organismes sociaux…) était de 6.2M€ en 2010 avec un moratoire dessus depuis. On ne le sait pas encore à ce moment mais cette dette s’accumule et aucune information n’a été transmise sur les frais de plusieurs éléments opaques surtout sur la gestion de la holding…

Stade III : La tumeur cancéreuse

Côté sportif, c’est une seconde saison compliquée où Printant se fait remplacer par Ciccolini qui sauve le club un peu miraculeusement. C’est une saison record en termes de prêts. Il n’y a pas beaucoup de cohésion et la souffrance des supporters se fait entendre. De plus, des affaires extra-sportives autour des supporters (et du groupe B1905 notamment) viennent se rajouter aux troubles généraux autour du club. La communication du Sporting ne se fait que par la voie du site web, avec des communiqués parfois ubuesques. Et les réunions publiques sont supprimées… Plus de transparence, les dirigeants se terrent alors dans un mutisme et comme écho à celui-ci, les problèmes de gestion se font entendre par des bruits de couloirs. On apprend que des retards de salaires et de versement des primes aux joueurs sont monnaie courante et que certains membres du staff ne sont pas payés également…

Cette dernière saison sera la goutte d’eau… problèmes extra sportif, les supporters de Bastia pointés du doigt suite à des débordements, un ras le bol général, des centaines d’IDS prononcées et des perquisitions à la pelle, la mise en sommeil des B1905, le limogeage de Ciccolini, la colère devant le stade après une énième défaite à domicile avec les grilles fermées et un face à face dirigeants-supporters qui chauffe. Et, enfin, une position de lanterne rouge synonyme de rétrogradation sportive…

Stade IV : La tumeur maligne

On pensait avoir vécu le pire, NOOOOOOON ! L’arbre qui cachait la forêt jusqu’alors est déraciné, les dettes sont plus importantes que prévues. « le dossier béton à la DNCG » devient alors un château de carte, et chaque jour, un rebondissement arrive sur le tapis. L’appel suite à la rétrogradation du club en National pour manquement de garanties financières est rejeté et la descente est confirmée. Les joueurs en préparation d’avant saison ne sont pas rémunérés, une grève éclate lors du premier entraînement. Les contrats du nouvel entraineur Reginald Ray et de la première recrue Martin Mimoun ne sont pas homologués. Les joueurs cadres sont mis au repos (alors qu’ils n’ont pas encore joué) et les prochains matchs contre Bordeaux et Marseille Consolat sont annulés… C’est dans cet atmosphère nauséabond que les Turchini naviguent, le malaise est profond, le dégoût certain.

La seule lueur d’espoir réside dans la volonté de créer une association type « socios » (un peu comme à Guingamp) à l’initiative de nos amis de Minenfootu (Les Socios Etoile Club Bastiais) , mais cette lumière divine n’est qu’un coup de pinceau lumineux autour de ces noirs desseins…

Selon des informations circulant sur le web, les dettes sociales auraient plus que doublées entre 2010 et 2017 (passant de 6,2 M€ à une quinzaine, mais encore une fois rien d’officiel). Maintenant, une enquête vient d’être ouverte sur des présumés chèques suspects au sein du club. Alors on vient à se poser des questions : comment en est-on arrivé là ? Que vont devenir les 75 salariés du club ? Comment sauver le club ? Où est passé l’argent ? Le spectre du dépôt de bilan pointe le bout de son nez et vient hanter les accaniti…

Hier, une réunion de crise se tenait à Bastia, Pierre-Marie Geronimi esquive encore la question du montant du déficit : « le problème n’est pas là ». Sérieusement, le problème n’est pas dans le montant de la dette ? Mais où est le problème alors ? Avant de poursuivre sur « l’état précis des comptes, on est en train de le faire… » Ava, ils sont passé deux fois devant la DNCG et le « dossier béton » n’est pas encore terminé. Nous prendrait-on pas pour des pitres ? Enfin en guise de conclusion sur la confiance qu’il a sur l’état du Sporting, il termina par : « Si on ne garde pas un peu d’optimisme, de sérénité, on n’arrivera à rien »… On est loin du « Dossier béton » d’il y a quelques semaines non ?!

Je souffre, nous souffrons, une gestion d’amateurs malhonnêtes a encore une fois détruit nos belles aspirations. L’Histoire se répète inexorablement et le moins que le puisse dire c’est qu’il nous rend malade.

Sustegnu l’accaniti bastiacci, aghj’u core turchinu è so malatu

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