mar. Déc 10th, 2019

TLM Sen Foot

Mais on le dit quand même

Critique de la série-documentaire « Sunderland ‘Til I Die »

4 min read

Sunderland ‘Til I Die est une série en 8 parties qui suit et raconte la descente aux enfers du club de Sunderland la saison de leur seconde relégation consécutive. Dès les premiers instants, on s’étonne que les déboires du club aient pu être suivis de l’intérieur par une télévision puis diffusés… Dans le contexte d’un tel échec sportif, on se trouve dans des situations qui amènent assez clairement des dirigeants à dire que le propriétaire ne fait pas ce qu’il faut pour sauver le club : à la fois en refusant d’investir, et tout simplement par son absentéisme. Sans en connaitre l’Histoire, on se créé l’image du propriétaire américain qui pensait certainement se faire de l’argent facilement dans le football même sans rien y connaitre.

Devant le surréalisme de ces scènes racontant un échec sportif, les raisons ne m’ont pas sauté aux yeux. Il semblerait que le but de cette production approuvée par le propriétaire ait été de valoriser le club en s’appuyant par exemple sur la passion des fans pour donner envie à des potentiels acquéreurs d’acheter le club. Une justification qui semble se tenir puisque le propriétaire refuse de lâcher une seule livre sur la saison de Championship. L’objectif est de limiter les frais et de le revendre à la première bonne opportunité qui se présentera.

Si cela ne joue pas en faveur de son image (il s’en fout probablement puisqu’il n’a plus aucun rapport avec le sport), il est certain que ce documentaire donne une image optimiste de Sunderland dans sa globalité.  Le documentaire est produit par Fulwell 73, une société de production télévisuelle fondée par des supporters de Sunderland qui dans les premières années de l’entreprise se permettait des « days off » pour suivre le club dans toute l’Angleterre. Le nom fait d’ailleurs référence à une ancienne tribune du Roker Park : Fulwell end. Forcément, ça aide à comprendre et expliquer ce que représente ce club pour la ville, ses habitants et à trouver la bonne proximité avec les supporters. Pour l’info, ils ont également produit Class of 92, un documentaire concernant cette fois-ci Manchester United.

Le sujet du documentaire est donc maitrisé de bout en bout et offre une approche sociologique admirable de Sunderland ou encore plus simplement de l’Angleterre. Les intervenants ne se cachent même pas avoir une vie qui ne dépend que du club de football dans cette région (le Nord-Est) fortement touchée par la pauvreté et le chômage. C’est quelque chose que j’ai fortement ressenti et qui m’a touché parce que tout m’a rappelé mes nombreuses expériences anglaises. L’environnement observé ici est par exemple tout à fait transposable à Stoke-On-Trent. Sunderland ‘Til I Die est une formidable ode à l’Angleterre, à son football mais surtout à ceux qui en peuplent des tribunes parfois injustement critiquées. Parce qu’à leur façon, le football représente toute la vie de ses fans. Je pense immédiatement à ces scènes incroyables à l’église. La seule première minute du documentaire suffit à vous convaincre de regarder les 8 épisodes. Que vous aimiez ou non le football, vous comprenez alors ce que signifie le football pour la communauté anglaise. Et je m’en fais le triste parallèle avec la perception qui en est faite en France par la population, les instances et même les clubs peu prompts à défendre ses communautés de fans.

Ce documentaire ne manque pas de montrer des côtés moins reluisants et parfois symptomatiques des problèmes du foot anglais. La profusion d’argent (droits TV de PL) qui finit par coûter des gestions chaotiques en contrats et salaires, c’est l’Histoire de la déchéance de ce Sunderland. On retrouve des scènes uniques que je n’aurai pas cru voir diffusées puisqu’elles mettent en péril la crédibilité du club ou des joueurs : défiance sur le physique et mental d’un joueur, sur son état d’esprit, sur des problèmes d’alcool. Cela reste des passages courts mais c’est suffisant pour que je m’étonne que personne n’ait mis son veto afin de « protéger son image publique ». Cela témoigne de l’authenticité des épisodes, rien ne semble avoir été filtré pour le téléspectateur. Une œuvre sans nul doute plus subtil et moins policé que le sont probablement celles sur la Juventus (Netflix) ou Manchester City (Amazon).

Malgré la tristesse des évènements, la série-documentaire nous fait terminer sur une note (musicale) positive grâce à la communauté qui rapidement semble se faire à l’idée de suivre toujours aussi éperdument et positivement son club en League One. Certes, il y’a aussi parfois ce contraste tellement anglais entre toutes les insultes qu’ils ne peuvent s’empêcher de sortir, et de l’autre côté ce respect et cet amour pourtant réel envers les joueurs. La vie continue. Et la série aussi puisque les caméras filment apparemment le club en League One, pour un happy-ending ?

Sunderland ‘Til I Die montre exactement ce que cela représente de supporter un club dans les abysses, bien loin des succès et des trophées. En lisant les commentaires du SunderlandEcho, certains supporters s’y reconnaissent déjà (Sheffield Wed., Ipswich, etc). Le prochain à s’y reconnaitre sera peut-être vous.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Copyright © All rights reserved. | Newsphere by AF themes.