mar. Oct 22nd, 2019

TLM Sen Foot

Mais on le dit quand même

L’ICFC, dindon de la farce ?

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Si les révélations des Football Leaks jettent une lumière crue sur le fonctionnement du Fair-Play Financier et pourraient permettre de générer un débat salutaire sur sa pertinence et sa philosophie, il convient avant toute chose de s’interroger plus en profondeur sur les mécanismes profonds qui le régissent. Au moment de sa création, le FPF a effectivement été doté d’un gendarme financier chargé de contrôler les clubs et prétendument indépendant : l’instance de contrôle financier des clubs ou ICFC en abrégé. Très concrètement, l’ICFC se présente comme l’outil permettant de faire appliquer le FPF. En d’autres termes, l’ICFC est l’équivalent des contrôleurs fiscaux chargés d’enquêter et d’instruire les possibles cas de fraude fiscale.

La construction de l’ICFC permet d’ailleurs de filer la métaphore avec le contrôle fiscal. Composé de deux chambres, le gendarme financier de l’UEFA est effectivement en charge de deux missions différentes bien que complémentaires. D’une part la chambre d’instruction dirigée par un « enquêteur en chef » qu’on pourrait définir comme le procureur financier interne mène les enquêtes contre les clubs suspectés de « dopage financier ». A l’issue des enquêtes trois décisions sont possibles : le classement sans suite, la sanction négociée ou la transmission à la chambre de jugement. Cette dernière est en charge de la deuxième mission dévolue à l’ICFC qui est de mener les procès et de sanctionner les clubs pris en faute. Malgré cela, les Football Leaks montre que l’ICFC est souvent désavoué par la direction de l’UEFA. Dès lors, faut-il voir dans ce gendarme supposément indépendant une victime de manœuvres qui le dépasse ou bien a-t-il sa part de responsabilité dans son impuissance ?

 

Le verrou de Bercy appliqué au football

 

Le premier des éléments qui plaident pour la théorie affirmant que l’ICFC n’est que la victime de sombres manœuvres qui le dépassent réside assurément dans la structuration même de l’instance européenne. Je l’ai dit plus haut, l’ICFC est supposément indépendant. Dans la réalité il est pourtant soumis au joug de l’UEFA auquel il appartient. N’ayant pas les moyens suffisant pour agir indépendamment, l’ICFC est effectivement soumis à la domination de l’administration de l’UEFA en cela qu’il dépend de l’assistance qu’elle lui fournit. Lorsque l’on sait qu’Andrea Traverso, l’un des responsables du FPF a aidé l’AS Monaco par exemple on se rend rapidement compte du problème accru que rencontre l’ICFC dans la poursuite de ses objectifs.

En France, la lutte contre la fraude fiscale est soumise à un outil qui permet aux puissants de frauder tranquillement tandis que les petits fraudeurs sont souvent attrapés. Cet outil n’est autre que le verrou de Bercy, outil qui corrèle la poursuite d’un fraudeur fiscale à une plainte déposée par le ministère de l’économie et des finances. En ce sens, les puissants fraudeurs peuvent passer des accords très avantageux avec le fisc français. Dans le cadre du FPF ce ne sont pas les poursuites qui sont corrélées à l’accord de l’UEFA mais bien plus l’application de la sanction, ce qui a pour conséquence d’humilier régulièrement l’ICFC qui prend des sanctions qui ne sont jamais appliquées quand il s’agit des gros clubs puisque l’UEFA les annule d’un trait de stylo tout en confirmant les sanctions lourdes à l’égard de plus petits clubs.

 

De Prométhée à Epiméthée ?

 

Il serait confortable de ne voir dans l’ICFC qu’un Don Quichotte forcé de se battre contre les moulins à vent et n’ayant rien à se reprocher. Je crois pourtant que la réalité est un peu plus complexe. Si son humiliation n’avait eu lieu qu’une seule fois l’on pourrait plaider l’absence de responsabilité totale et la volonté de faire son travail du mieux que possible. A partir du moment où le scénario se répète plusieurs fois, nous voilà forcés de poser la question d’une impuissance assumée voire même de l’acceptation d’un rôle purement théâtral de droiture contrecarrée par des forces qui la dépassent.

Dans la mythologie grecque, Prométhée – celui qui pense avant d’agir – trompe Zeus par deux fois : la première fois en dissimulant les parties les plus appétissantes d’un bœuf et en offrant ainsi aux êtres humains cette partie, la deuxième fois en volant le feu pour l’apporter aux humains. L’ICFC semble tenter de se lever contre le Zeus que représente l’UEFA en insistant pour infliger des sanctions au PSG et à d’autres clubs mais tout comme Prométhée il se pourrait que le gendarme financier de l’UEFA finisse par se retrouver châtié soit par son autorité de tutelle soit par la justice arbitrale du sport que le club de la capitale a saisie, estimant que le FPF et donc l’ICFC était contraire à la réglementation européenne. Toujours dans la mythologie grecque, Epiméthée le frère de Prométhée, est celui qui recueille et accepte Pandore avec sa boîte qui contient tous les malheurs et la discorde. Condamné à n’être qu’un Prométhée amputé, l’ICFC serait bien inspiré de se transformer en Epiméthée et d’ouvrir la boite de Pandore de la régulation du football. Dans le cas contraire, il ne sera pas injuste de le considérer comme un complice de cette dérégulation folle.

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